Interview Laurent Merlin – réalisateur
Vodmania : Laurent, bonjour.
Laurent Merlin : Vodmania, bonjour,
Vodmania : d’abord pourriez-vous nous parler de votre formation ?
Laurent Merlin : bien sûr…je viens de Bourgogne, et c’est pendant que j’étais au lycée que j’ai réalisé mon premier court métrage, à l’âge de 17 ans, nommé le « Joujou du Pauvre ». J’avais en fait bénéficié d’une subvention du département.
Vodmania : vous étiez bien jeune pour déjà vous débattre dans les dossiers de subvention…
Laurent Merlin : et ce n’était qu’un début…puisque pour mon second court métrage, j’ai réussi à réunir la somme de 200 000 francs, à l’époque..
Vodmania : ah bon ?
Laurent Merlin : oui, suite à mon premier film, j’ai réalisé « Découverte », interprété notamment par Bernard-Pierre Donnadieu…et comme je voulais réaliser essentiellement avec des professionnels reconnus dans leur métier, j’avais écrit pas moins de 600 lettres, toutes envoyées aux grands de la profession.
C’est comme ça par exemple que j’ai été reçu par le PDG de LTM, dans son grand bureau panoramique, lequel m’a donné la possibilité de réaliser en 35 mm.
Vodmania : étonnant !
Laurent Merlin : j’étais plein de fraicheur et de naïveté…et sans doute que cela séduisait, car j’avais une démarche honnête…j’ai ainsi rencontré 2 personnes très importantes pour moi : Andrée Putman, une sorte de mécène pour moi, et Vittorio Storaro, le chef opérateur notamment de Bernardo Bertolucci
Vodmania : ah bon ? Dites-nous en davantage…
Laurent Merlin : je rêvais de tourner avec Vittorio Storaro, pas seulement à cause des Oscars qu’il avait reçu pour le Grand Empereur ou Apocalypse Now…j’avais ainsi écrit un projet de long adapté de Candide de Voltaire, et je l’avais contacté à cette occasion là…c’est comme ça qu’il m’a reçu chez lui à Rome, pendant 3 jours. Quand à Andrée Putmann, vous savez quand j’ai commencé à faire du cinéma, je venais juste de quitter ma Bourgogne natale et de m’installer à Paris…je vivais chez les uns et les autres. Et Andrée me donnait de l’argent pour vivre, afin que je puisse me consacrer à ma passion du cinéma.
Vodmania : quel parcours prometteur pour un jeune provincial si fraîchement débarqué dans la capitale !
Laurent Merlin : après mon 2ème film, j’ai encore fait 2 ou 3 courts, puis j’ai réalisé un documentaire sur les enfants en difficulté…Les enfants malades exactement…et la situation a été d’une telle violence que j’ai été très ébranlé.
Vodmania : on comprend, car se retrouver face à des enfants atteints de maladie grave, il faut pouvoir supporter
Laurent Merlin : oui, c’est à l’hôpital Necker que nous avons tourné, avec comme point central, 3 enfants, dont une petite fille de 2 ans souffrant de mucovicidose….très paradoxalement, c’est cette injustice qui m’a conduit à faire le film PAPA…j’avais besoin d’exorciser la violence, de la sortir de moi, et j’ai écrit le scénario en 2 jours
Vodmania : c’est vrai que Papa est un film dur et très noir, duquel le spectateur se sent d’ailleurs prisonnier.
Laurent Merlin : c’est voulu, c’est pour ça que j’ai tenu à filmer en plan-séquence. Bizarrement, lorsque j’ai fait ce film, je n’avais pas le budget, et ce sont les acteurs eux-mêmes qui l’ont financé en partie.
Vodmania : vous voulez dire par exemple qu’à l’époque Benoit Magimel a mis de l’argent dans la production de ce court ?
Laurent Merlin : oui, oui, il a dû mettre 5000 ou 6000 euros…quant à Michel Robbe, l’autre acteur principal, il a mis carrément plus de 15000 euros…
Vodmania : que de surprises, décidément !
Laurent Merlin : Papa est un film qui a été fait très librement, sans producteur, si ce n’est à la fin, et qui s’est retrouvé au placard pendant plus 10 ans.
Vodmania : c’est ce qui explique que l’on n’ait jamais vu votre film à la télévision ou dans un festival…
Laurent Merlin : à l’origine, le film durait 45 minutes mais le producteur l’avait réduit à 20 minutes au montage. J’ai alors dû me battre pour qu’il en fasse 35, sa durée actuelle…
Vodmania : ah, ah…vous êtes ensuite passé à la réalisation de longs métrages, me semble-t-il…
Laurent Merlin : en 2000, j’ai réalisé mon premier long « Step by step », puis quelques années après j’ai fait Ashima, un film franco-coréen. Mais ces films n’ont pas été correctement exploités, pour différentes raisons.
Vodmania : quels sont vos projets aujourd’hui ?
Laurent Merlin : je m’interroge…est-ce que j’ai vraiment encore l’envie nécessaire pour réaliser ? Il faut que je réfléchisse, et puis je suis encore très jeune (36 ans) et j’ai déjà beaucoup réalisé. Pour l’instant, je suis prof pour des lycéens qui ont choisi l’option Cinéma. Et je fais aussi de la direction de production pour Rezina.
Vodmania : intéressant !
Laurent Merlin : avec Bernard Tanguy (de Rezina), on s’interroge sur la possibilité de développer un long à partir du court de Papa. Il faut d’ailleurs que je contacte Benoit (Magimel) à ce sujet.
Vodmania : Merci Laurent et très bonne continuation à vous.
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